APPEL A CONTRIBUTIONS : Cahiers n°3, décembre 2023

La scène et le récit

Études réunies par Florence de Chalonge et Sabine Quiriconi

    Sur la scène du théâtre, Duras met en valeur le récit et rejette le drame, tandis que son roman fait reposer la conduite narrative sur la promotion de la scène, au détriment de la narration ou de la description. Ainsi privilégie-t-elle le récit à la scène et la scène dans le récit, instituant entre la scène et le récit des liens privilégiés où se joue la nature des relations esthétiques entre texte et représentation dans l’œuvre.

     Sur scène, Marguerite Duras appelle de ses vœux un théâtre « lu pas joué », concentré sur l’énonciation et donnant à percevoir le processus de l’œuvre en train de se faire. Elle exige dès lors de repenser la séance théâtrale comme une expérience esthétique singulière, qui s’affranchit des pouvoirs illusionnistes de la représentation et des séductions du visible pour qu’apparaisse un récit toujours recommencé, mélancoliquement attaché à faire resurgir – voir – la scène originelle où s’ancrent l’écrit et, tout autant, l’amour ou le désir du crime. 

     Que la scène de roman présente un arrière-plan convenu (« scène typique ») ou qu’elle mette en relief un événement décisif (« scène dramatique »), elle accorde à la dimension visuelle une importance de premier plan. Le lecteur est convié à assister à une action comme sous ses yeux se déroulant mais par les mots s’exécutant. Rhétoriquement, la scène est proche du tableau ou de l’hypotypose : chez Duras, elle ouvre sur l’Autre scène, celle des scénarios fantasmatiques, accordant une place particulière aux scènes originaires. 

     Du côté du théâtre, on pourra interroger les potentialités scéniques du récit durassien : alors même que son passage au plateau oblige à s’affranchir de certaines conventions scéniques, comment l’écrit, pour convoquer l’Autre scène, invite-t-il néanmoins à mobiliser, détourner ou ré-investir des modalités propres à tout événement théâtral ? On s’intéressera, si on le souhaite, aux dispositifs, diversifiés, que le théâtre « lu pas joué » a inspirés par le passé ou implique sur la scène actuelle. Les articles pourront s’appuyer sur des spectacles mis en scène par Duras mais aussi par d’autres metteurs en scène ou chorégraphes, en France ou à l’étranger, se concentrer plus précisément sur le travail des acteurs, des scénographes, des concepteurs son ou lumière.  

     Du côté du roman ou du récit de Marguerite Duras, l’interrogation pourra porter sur les relations entre la scène et les lieux, dont l’importance dans l’œuvre n’est plus à démontrer, ou encore entre la scène et la structure narrative d’ensemble (la scène porte-t-elle atteinte au récit comme totalité ? force-t-elle à la répétition ? fait-elle rupture ?). Les topoï romanesques que la scène mobilise et renouvelle pourront eux aussi être étudiés, de même qu’on pourra se demander dans quelle mesure la promotion de la scène de roman est à rattacher à l’écriture cinématographique de l’autrice.

     Au théâtre comme dans le roman, les contributions pourront s’attacher à examiner la question de la voix et du dialogue au sein des relations entre scène et récit ou bien penser la nature esthétique ou sémiologique des liens entre texte et représentation qui animent l’œuvre de Marguerite Duras. 

     Enfin, les contributions croisant les deux perspectives d’études, littéraire et dramaturgique, pour en comparer les méthodologies, seront bienvenues, l’œuvre de Duras invitant à la rencontre critique entre des pratiques exégétiques aussi complémentaires que distinctes.   

 

 

Merci d’adresser vos propositions de communication en 200-300 mots, accompagnées d’une courte notice biobibliographique à Florence de Chalonge (florence.de-chalonge@univ-lille.fr) et Sabine Quiriconi (squiriconimi@parisnanterre.fr) avant le 10 janvier 2023.

 

Réponse : 15 janvier 2023

Remise des articles : 13 juillet 2023

Retour aux auteurs après expertise : 10 septembre 2023

Publication : décembre 2023

 

Langues des articles acceptées : français/anglais.

 

 

Par ailleurs les Cahiers accueille pour chacun de ses numéros des articles dans les rubriques suivantes :

 

- « L’archive ouverte : génétique du texte » : responsable Annalisa Bertoni (École supérieure des Beaux- Arts, Nîmes) – annalisa.bertoni@orange.fr

- « L’œuvre à la loupe » : responsable Florence de Chalonge (Université de Lille) – florence.de-chalonge@univ-lille.fr

- « Hybridités textuelles » : responsable Olivier Ammour-Mayeur (ICU, Tokyo) – olammour@hotmail.com

« Intertextes et résonances » : responsable Christophe Meurée (Archives & Musée de la littérature, Bruxelles) – christophe.meuree@aml-cfwb.be

- « Traduire Duras/Duras traduite » : responsable Laurent Camerini (Paris Sorbonne – AEFE-Buenos Aires) – camerinil@hotmail.com

 

Les articles qui seront expertisés sont à soumettre directement aux responsables de rubriques indiqués.

 

Langues des articles acceptées : français/anglais.

 

 

Cahiers Marguerite Duras

Revue internationale bilingue (français-anglais), à comité de lecture

Parution annuelle en ligne

 

Direction

Florence de Chalonge (Université de Lille), présidente de la SIMD
Christophe Meurée (Archives & Musée de la Littérature, Bruxelles), vice-président de la SIMD

 

Comité de rédaction

Françoise Barbé-Petit (Sorbonne-Université) – Anne Cousseau (Université de Lorraine) – Sylvie Loignon (Université de Caen Normandie) – Neil Malloy (SIMD) – Andrea Manara (SIMD) – Michelle Royer (Université de Sydney) – Lauren Upadhyay (Chapin School, New York)

csm_Logo.sans.baseline-Horizontal-CMJN-Noir_12d07ae56a.png